vendredi 9 octobre 2009

Le petit peuple du verger

Cueilleuse robotique,
Monte
Travailleuse mécanique,
Descends
Une ligne droite sur une échelle en métal,
Remonte
Guettant les cercles du temps.
Redescends
Je suis le compte de mon argent,
Penche
Et je respire à peu près.
Redresse
J’ai soif et je l’ignore.
Marche
Je me projette dans l’ailleurs,
Transfère
J’ai hâte à bientôt.
Retourne
Je n’existe que dans le faire,
Monte
Et mes bras imitent les mouvements d’hier…
Descends
Quelque chose manque à mon JE?
Décroche
                                   *
Autour de ma bulle,
Monte
Une libellule.
Descends
Trois tours et une vrille,
Remonte
Puis elle la perce.
Tombe
J’ai les pommes en dégringole,
Les pieds en glissades,
Les bras en arabesque,
Les jambes en plein vol,
Et la tête à la renverse.

Elle se pose sur mon nez.
Inspire

Coyote rôde autour du verger,
Il s’est approprié les environs.
Expire

Elle vient pour faire le klaxon.
Son cœur de bestiole se souvient,
Elle le connaît bien…
Inspire

Libellule n’a pas toujours revêtu la même tenue. 
Ses ailes ont la dimension,
Des écailles qui la couvraient,
Au temps où elle incarnait le Dragon.
Expire

Son brûlant pouvoir éclairant les nuits noires,
Elle voltigeait à travers les ombres,
En crachant la lumière de son fond.
Son souffle inspirait les magiciens,
Dans la création de leurs jeux d’illusions.
Inspire

À l’aube d’un de ces jours où la lune veillait après la nuit,
Coyote la mis au défi.
Fatiguée,
Elle s’emmêla dans les filets de la fierté.
Pour prouver la grandeur de son charisme,
Elle se jeta dans le risque.
En réalisant une rare prouesse fantastique,
Elle s’extirpa de son potentiel magique.
Elle se transforma,
Pour la dernière fois.
Expire

Dans ses nouveaux attributs,
Elle  volète  en toute simplicité,
En paradant les couleurs que l’on ne trouve plus,
Dans ce que l’on croit être la réalité. 
Elle porte humblement le scintillant,
Pour refléter les forces invisibles du moment.
Inspire

La créature s’éclipse en battant des ailes.

                        Elle me rappelle à mon potentiel,
À ma lueur de dragon,
À ma toute personnelle saison…

Nul besoin de devenir car je suis.

Mes différences sont des pouvoirs,
Il n’en revient qu’à moi d’y croire.

Nul besoin d’ailleurs car n’existe que l’ici,
Que je crée d’instant en instant.

Mon cœur bat et je l’entends.

Je me relève tranquillement.

Je bois de l’eau.

Je respire jusque dans mon dos.

                                   *

Mes doigts autonomes retournent à leur cadence d’automate.

Mon corps tempo vibre en balancements.

Il conduit le rythme du grand mouvement.

Monte
Descends
Remonte
Redescends
Penche
Redresse
Marche
Transfère
Retourne
Monte
Descends
Décroche

*

Une  guêpe se prélasse et s’étire la nuque.
Elle fait le plein de soleil et de sucre,
Sur une  pomme de l’arbre dans lequel  je cueille.

Mon bras s’allonge à travers les feuilles,
Attrape son terrain du revers de la main.

Son dard en forme de crochet,
M’injecte son savoir et me frise le collet.

Elle me soulève de terre,
Se frotte à mes nerfs,
Et cogne mes envies.
Elle me gonfle,
M’endolorit,
Me rougit,
Me contrarie.
Me trouant les sensations,
Me brisant la stagnation,
Me grillant l’apathie,
Sa magie s’installe dans mes zones endormies.

Je décharge mon cri.

J’ai le pourpre en bouillons,
La gorge en frissons,
Le venin au cœur,
Les entrailles en pleurs.

Guêpe a soufflé sur mon feu,
Ça a réchauffé mon vent.
Elle m’a aspiré dans le jeu,
Par le ventre,
Avec ses dents.

J’ai le ressentiment dans le champ,
Et la confusion dans le sang.

Je m’expulse du verger d’un grand saut.
Guêpe m’a fait pousser des crocs.
Je m’en vais les aiguiser,
En mordant dans l’oreiller.

Puis je m’assoupie,
Pour la nuit…

                                   *

Une araignée s’est recroquevillée,
Dans un sombre racoin de mon échelle glacée,
Pour qu’au petit matin,
Elle me transporte dans son activité.

Araignée blanche comme la lune,
Trace les lignes tranquilles de son menu.

Sur un fil plus solide qu’elle-même,
Elle monte et descend,
Avec grâce et détachement.
Elle se faufile dans mon corsage,
Et m’attrape par le cœur.
Elle m’invite dans son ouvrage,
Puis me transmet son humeur.

Elle me prend dans ses 8 bras.

Elle chérit mon bonheur,
En repoussant toutes les frontières,
De mes sens et de mon imaginaire.

Elle me recouvre de son tissu et m’enseigne l’art de la toile.

Elle me joue dans les tisons,
Me chatouille les impressions…

Le paysage se transforme en idées,
L’univers semble respirer,
Mes gestes veulent se danser,
Les fruits savent voler,
Leur couleur, leur odeur et leur saveur se jouent de moi…

Pendant que je me concocte,
Que je me compote succulente.

Lune me surprend avec une orbite diurne,
En veillant tout le jour,
Elle partage le ciel avec Soleil, Outarde, Aigle et Cumulus.

Montagne m’entoure,
Me caresse,
Embrasse ma petitesse.

Je cueille des délices,
Je suis le respire du sucre.

J’hume les rayons qui brossent la chaire sublime,
Des fruits que je décroche de mes mains agiles.

Je fais aérer ma légèreté,
Je laisse la lumière circuler…
J’ouvre grand les portes de mon esprit,
Je me vis,
Je me crée,
Je m’écris.

*

La suite de ma journée,
Se déroule dans mon salon.
Accompagnée du petit peuple du verger,
Je laisse les mots faire de moi une chanson.

Dans le vent chaud d’une forte inspiration,
Je sens monter le scintillant,
Le grand Dragon.

En robe d’écailles d’un bleu brillant,
Il s’empare de mon échelle et me soulève,
Pour  faire de moi son élève.

Je marche sur les branches,
Pendant que les pommes se croquent et se dégustent.

Mes souliers se détachent dans une séquence,
Où j’ai enfin le sentiment d’avoir l’heure juste.

J’aperçois Araignée crocheter son alphabet,
Sur un fond de ciel,
Avec mes lacets.
Elle s’invente un abécédaire,
En se foutant bien de l’éphémère.

Lune m’accroche au vol,
Et me fait chavirer.

Ma bulle s’étend tout autour de Montagne.
Elle englobe le verger en entier.

J’inspire le vert,
Et toute la Nature Mère.

J’expire le rouge,
Et l’argent se manifeste dans mes mains qui bougent.

Guêpe repose sur mon bras.
Pour me garder en alerte,
Elle reste avec moi.

Araignée tricote,
Un grand filet pour accueillir Coyote.
Pendant que je prends des notes,
Sur le manteau de Libellule,
Qui a retrouvé sa forme de Sorcier,
Pour me prêter ses ailes,
Le temps d’apprendre à voler sans elles…




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